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Fou d'amour

Abderrahman Hajji

Ma gazelle, tu t'es emparée de mon coeur
Mon coeur est resté perplexe devant ta splendeur.
Pour tout dire, ta beauté m'a rendu fou d'amour,
Condamné à errer, triste et las, tour à tour.

Aie pitié de ce coeur, de mon coeur que voici,
Dont je vois la flamme s'attiser à merci,
Et la compassion à ses souffrances, oh! mon coeur,
Grandir au fil des jours, se tordant de douleur.

La rupture que j'ai soufferte d'un être cher
N'est qu'un espace dans un cycle qui se régénère.
Il a exagéré sans même prendre son amour
En pitié, le mettant à l'épreuve nuit et jour.

Ma gazelle, n'as-tu point vu un coeur meurtri,
Que l'amour a brisé, que le sort a aigri?
Que ne portes-tu tes yeux à s'apitoyer
Sur un coeur séduit pour ainsi le chatoyer?

Mes yeux ont déversé des larmes par torrents,
Irrigant le sol aride depuis la nuit des temps.
Sous ton ombre légère, mon corps se laisse griser
Par le péril de l'amour qu'il n'a fait que priser.

Tes branches suspendues embaument d'une magie
Comme celle d'Harot, audacieuse, qui assagit.
Tu reflètes, sans conteste, l'image de la beauté.
Que le sourire de tes dents blanches ne fait que miroiter

Tel un diadème qu'il valorise d'un très beau lustre
Pour parer ce coeur pur, non celui dur d'un rustre.
Ta branche inclinée en forme de croissant
Destine à la cueillette des fruits rafraîchissants.

Elle étend un tendre rameau sur le jardin,
Nous ombrage et nous prodigue un sourire câlin.
Ce rameau est la fine fleur du paysage.
Son bout, plein d'épines, en est à la force de l'âge.

Ecoute, quitte à faire le sacrifice de ma vie,
J'irai à ta rencontre, car mon âme me survit.
Source de lumière pour mes yeux et pour mon coeur,
Le sourire de tes lèvres apaise toutes mes douleurs.

Ta salive est un baume qui adoucit la peine
Qui vivifie, que je ressents comme une aubaine.
Admets-moi dans l'intimité de tes beaus seins.
Permets que je me grise, en ivrogne, à dessein.

J'ai vu, j'en suis témoin, le lion, roi du désert,
Soufflé devant sa proie qui échappe à ses serres.
Que sais-je? Il y a peut-être là un secret
Qui explique que le lion s'est lui-même enferré.

Oh! que c'est prodigieux, ce qu'une belle femme
Captive l'esprit par son charme et l'enflamme.
Charmante créature, qu'as-tu fait de mon coeur,
Que l'amour a meurtri et voué au malheur?

Mon amour, si tu avais pitié de ces yeux
Qui t'aiment, tu aurais fait de moi un être heureux.
Ton visage déborde d'un séduisant attrait
Et grâce à son beau lustre, n'a nul besoin d'apprêt.

Tes dents bien alignées évoquent la transparence
De perles d'une très belle eau qui reflètent leur luisance.
Tes yeux noirs que rehaussent des cils d'une beauté
Et d'un charme attrayant inspirent la volupté.

Mon coeur est victime d'un mal qui l'a ravagé.
Demande lui, ma belle, ce qui l'a outragé.
A-t-il un penchant pour le coeur de celle qu'il aime?
Pourquoi pas? Il ne fait que cueillir ce qu'il sème.

Ma belle antilope, qui met mon coeur en péril,
Du juge de l'amour l'arrêt indélébile
Dira son mot sur tes yeux qui percent mon coeur
De flèches pointues, source de toutes ses douleurs.

Dieu vous protège des yeux de cette douce Camée;
Ils dardent un regard de mépris embaumé.

Le magistrat s'apprête à rendre son verdict,
Ne désignant aucune partie à la vindicte.
Il commence par dire: "Nous avons écouté
La déposition de qui se plaint sans compter;

Ecoutons les arguments de l'autre partie.
Est-ce vrai que le charme où tu t'es investie
Est la cause de l'état dans lequel il se trouve.
Tes joues, tes seins, ta croupe, qui crèvent les yeux, le prouvent.

La finesse de ta taille ajoute de la grâce
Aux attraits qui subjuguent ton amant plein d'audace."
Elle répond, le corps plein de fraîcheur ravivant
Sa séduction, voire ses charmes captivants:

"Ce qu'avance le plaignant à propos des blessures
Dont il souffre travestit le vrai de boursouflure.
La faute lui incombe quand, se tournant vers moi,
Il me scrute de haut en bas d'un regard sournois.

En vérité, il m'est très difficile de dire
Si mes yeux ont atteint le vrai point de mire,
S'ils ont touché le coeur de la victime vaincue.
Est-ce que j'ai des yeux qui dardent des flèches pointues?"

Et le juge de dire: "Tu as ouï la réplique.
Est-elle attaquable au point de vue juridique?"
"J'ai des témoins crédibles," dit-il, "pour soutenir
Et certifier l'exactitude de mes dires.

Ma détresse, mes yeux, mon chagrin, mes insomnies
Parlent pour moi et me préservent des calomnies."
Elle s'abstient de répondre et verse de chaudes larmes,
Telles des perles qui brillent d'un éclat mauve parme.

Ne sachant que dire, elle finit par s'en remettre
A mon désir, et j'ai pu ainsi me repaître,
Avec délices, de sa fontaine de jouvence,
Fraîche et suave, comme un cours d'eau, tout transparence.

French translation Raouf Hajji.

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