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Simple histoire

Marceline Desbordes-Valmore

Tu m'as connue au temps des roses,
Quand les colombes sont écloses;
Tes yeux alors pleins de soleil
Ont brillé sur mon teint vermeil.

Souriant à ma destinée,
Par ta douce force entraînée,
Je ne t'aimai pas à demi,
Mon jeune ami, mon seul ami!

À l'étonnement de nos âmes
Tout jetait des fleurs et des flammes;
Une feuille, un bruit de roseaux
Nous semblaient des hymnes d'oiseaux.

Quand ce beau temps sur notre tête
Sonnait à chaque heure une fête,
Nous n'étions mortels qu'à demi,
Mon jeune ami, mon seul ami!

Puis, tu t'en allas vers ta mère,
Et la vie eut une ombre amère;
Autour de mon sort languissant
L'été même allait pâlissant.

Les roses me paraient encore;
Mais déjà, pleurant l'autre aurore,
Je n'aimai plus rien qu'à demi,
Sans mon ami, mon seul ami!

Un jour, l'invincible espérance
Poussa ton vaisseau vers la France:
Tu me ranimas sur ton coeur...
Jeune, on ne meurt pas de bonheur!

Mais la guerre appelait tes armes...
Sous tant de baisers et de larmes
Je ne t'ai revu qu'à demi,
Mon jeune ami, mon seul ami!

Plus tard, un enfant du village
Accourut, tout pâle au visage,
Disant: "Voulez-vous le revoir?
Demain, ce sera sans espoir.

Déjà les prières sont faites,
Venez vite, comme vous êtes..."
Et je revins morte à demi,
Mon pauvre ami, mon seul ami!

Poésies inédites

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